JOUR 2: RIVIÈRE-DU-LOUP – LE BIC – VAL-BRILLANT – POINTE-À-LA-GARDE (308,2 KM – 740,2 KM au total)
Je vous écris ce texte samedi soir, vers 18h20, mais je devrai le publier demain seulement (c’est-à-dire maintenant), car l’auberge qui m’héberge à Pointe-à-la-Garde, le Château Bahia, n’a pas la connexion Internet qu’il annonce pourtant avoir dans le dépliant touristique de la Gaspésie. Néanmoins, je ne ferai pas de drame avec ça, car j’ai des films DVD que je me suis amené, de la lecture, des mots croisés et de la planification à faire pour demain. Alors si les termes temporels (comme ce matin, hier soir et autres) vous mélangent, ayez en tête qu’on est samedi plutôt que dimanche. J’écrirai le texte de dimanche plus tard.
Hier soir, donc, j’ai profité de mon court passage à Rivière-du-Loup, pour aller marcher dans la ville. La rue Lafontaine, qui semble être l’artère principale du centre-ville, ressemble énormément à la promenade Fleury ou à une petite avenue Mont-Royal. On y trouve plusieurs restaurants, des boutiques de chaîne ou locales, des bars/bistros/pubs et des établissement usuels, comme un vétérinaire, une clinique médicale, un bureau de poste, une banque et un cinéma. Le cinéma, d’ailleurs, possède 4 salles, et la bâtisse au complet est plus petite que la salle 16 du cinéma Guzzo de Pont-Viau. Je ne suis pas entré à l’intérieur car aller au cinéma à Rivière-du-Loup ne m’intéresse pas, surtout pas pour voir Filière 13! Mais j’aurais bien aimé voir la grosseur des écrans. Par curiosité.
Plutôt que de manger dans un restaurant, je suis passé à l’épicerie m’acheter une salade et une pizza, pour me préparer le tout dans la cuisine de l’auberge de jeunesse. Il devait être 20h25 et je me disais que j’allais avoir la cuisine solo juste pour moi, mais c’était mal évaluer la présence de nombreux européens dans la place. J’aurais dû m’en douter, ils soupent toujours tard les Français. Ils devaient être 7 ou 8 à faire de la cuisine dans un espace grand pour 3 ou 4 personnes. Vous auriez dû me voir zigzaguer entre tout ce monde pour atteindre le four, un modèle peu attirant de l’année 82 environ, pour y mettre ma pizza. Après le souper, je voulais aller prendre une petite marche proche du fleuve, mais la fatigue a commencé à prendre le dessus. Faire de la route est très épuisant vous savez! Alors j’ai relaxé avec l’ordinateur, puis avec un peu de lecture et je me suis couché vers 23h. Ça c’est de la discipline. Alors à ceux qui me demande comment est le nightlife de Rivière-du-Loup, je vous réponds que, euh, il est pas mal underground mettons…
Ce matin, après m’être levé assez tôt pour pouvoir me doucher, déjeuner et vite reprendre la longue route me menant à la Baie-des-Chaleurs, je me rends à la municipalité de l’Isle-Verte dans le but de visiter en louant un vélo son île voisine, Notre-Dame-des-Sept-Douleurs. Or, la marée basse a réduit considérablement le nombre de bâteaux-taxis menant à l’île, de sorte que j’aurais dû attendre 3 heures pour m’y rendre, et revenir à 23h passé. Je n’ai pas eu d’autres choix que d’annuler ce plan et de reprendre la route. En chemin, j’ai décidé de m’arrêter au parc national du Bic, de payer l’accès au site de 3.50$, et de me promener, plutôt que d’arriver trop tôt à Pointe-à-la-Garde-plate-rien-à-faire-dans-les-alentours-et-même-pas-d’Internet. Ce fut une excellente décision.
J’ai consulté une employée là-bas, disant que j’avais 1h30-2h à passer au parc, alors elle m’a suggéré un sentier qui me prendrait 1h30 à faire, aller-retour. Je pars donc avec un lunch, de l’eau, des jumelles et mon appareil photo dans mon sac à dos, et j’enfile mes souliers de marche qui ressemblent le plus à des souliers de randonnée. Question d’avoir l’air de savoir ce que je fais. Comme je marche plutôt vite, je me rends au bout du sentier prévu en moins de 45 minutes, et ce, même en arrêtant de longues minutes le long des berges pour observer les oiseaux et les phoques avec mes jumelles, tel un vrai connaisseur. Au bout de ce sentier, on annonce un parcours très difficile, du genre recommandé aux experts. Alors n’écoutant que mon courage, qui me disait en vérité de rebrousser chemin pour vite me cacher dans la voiture, j’attaque ce parcours non-numéroté, sans nom et sans sentier. Je vous rappelle que je suis très loin d’être un expert, et qu’en plus, j’étais absolument tout seul. À bien y penser, puisque vous vous doutez bien que j’ai réussi à traverser cette épreuve digne de Fort Boyard si je vous la raconte, c’était presque une tentative de suicide. Presque. Le chemin pour faire le tour du cap à l’Orignal (c’est le nom) était composé de roches, de grosses roches, de très grosses roches et de petites roches, placées dans des pentes à pic et qui demandaient des moments de réflexion juste pour trouver où poser son pied et par quel chemin passer. J’ai sué de grosses gouttes en traversant ce sinueux parcours, mais j’y suis venu à bout après 45 longues minutes. En ligne droite, ça aurait dû me prendre une dizaine de minutes s’il y avait eu une berge. Ça vous donne une idée. J’ai dégusté mon lunch dans la satisfaction la plus totale, en regardant au loin, avec mes jumelles, les quelques courageux qui me suivaient au loin. À un moment donné, il est si difficile et dangereux franchir un genre de mini-canyon qu’on pense sérieusement à revenir sur nos pas. J’ai dû prendre 5 bonnes minutes à cet endroit pour trouver le chemin à prendre. Au loin, je voyais un groupe de 4, vêtus et équipés comme des experts, avoir de la difficulté à traverser. J’étais très fier de mon coup. En revenant à la voiture après une longue marche à travers le bois, je constate que j’ai passé 3h30 dans ce magnifique parc. J’ai marché plusieurs kilomètres, sur les berges, dans le bois ou sur de gros cailloux, et j’étais vraiment épuisé pour reprendre la route.
L’arrêt suivant n’a duré que quelques minutes, à Val-Brillant. J’avais déniché une boutique du terroir dans un guide touristique qui vend des boissons alcoolisées faites à partir de framboises. D’ailleurs, un petit mot sur la route qui traverse la vallée de la Matapédia. Plus besoin de distractions pour passer le temps sur cette longue route. Les plaques d’immatriculation de la Californie, de New York, de la Virginie et même de l’état de Washington ne m’ont pas aussi impressionné que la nature. Le paysage est beau à en couper le souffle. En conduisant, j’essayais de prendre des photos des collines qui s’étendent à perte de vue, des champs et des lacs et rivières qui bordent la route 132. Le genre de route qu’on utilise dans des films, avec les acteurs conduisant une décapotable, les cheveux au vent. Un paysage tout à fait splendide qui vaut la peine d’être vu.
Donc, après les achats, j’ai repris la route pour Pointe-à-la-Garde, là où je me trouve présentement. Le Château Bahia porte bien son nom, car il s’agit effectivement d’un château (photo). Du genre médiéval. Du genre que je m’imaginais qu’en arrivant ici, il y aurait des simulations de combats à l’épée comme on en voit dans les films Role Models et L’Âge des ténèbres. Et qu’on m’aurait fait enfiler une toge avec un écusson et une cagoule en cotte de mailles, en m’attachant une épée à la main. Dans ma tête, j’étais déjà prêt à affronter le dragon du donjon pour délivrer la belle princesse. Lancelot du Lac au service de la patrie! Heureusement, il n’en est rien. Je dirais même que le château, qui a une apparence de château de Légo de l’extérieur, est très joli de l’intérieur. Et l’hôte est très fier de sa construction. Et moi je suis bien content de ne pas avoir à jouer un rôle pour pouvoir y dormir.


