Non aux gaz de schiste!

J’ai écrit un article sur les gaz de schiste récemment et depuis, beaucoup d’encre a coulé sur le sujet (voir L’avenir énergétique du Québec doit-il passer par le gaz de schiste?, publié le 1er septembre).

Le magazine L’Actualité publie ce mois-ci un grand dossier d’une quinzaine de pages sur ces gaz, et organisait, ce mercredi soir, une table ronde, en association avec le poste de télévision politique CPAC. Ce débat-conférence, animé par Pierre Donais, de CPAC, avait lieu au théâtre Gésu de Montréal et mettait aux prises 6 panélistes bien informés, soit l’éditrice et rédactrice en chef de L’Actualité Carole Beaulieu, l’universitaire et chroniqueur Jean-François Lisée, le physicien Normand Mousseau, le vice-président de l’est du Canada de l’Institut canadien des produits pétroliers Carol Montreuil, le directeur du Regroupement national des Conseils régionaux de l’environnement Philippe Bourque et une autre panéliste dont le nom et le statut m’échappe. Comme prévu, j’ai assisté à la soirée, télédiffusée en direct au réseau CPAC, et ce fut très éclairant pour compléter tous les articles que j’ai lu sur le sujet et me faire une opinion définitive sur les gaz de schiste.

L’élément le plus hallucinant, selon moi, est de voir comment le Québec s’est fait roulé, encore une fois. Après avoir conclu des ententes de vente à rabais de notre hydro-électricité aux provinces maritimes et au Vermont, voilà qu’on donne pratiquement nos permis d’exploitation des gaz de schiste à des compagnies très en moyen. Aux États-Unis et pour certaines régions de la Colombie-Britannique, le permis d’exploitation des sols coûte entre 10 000 et 28 000 dollars l’hectare. Notre gouvernement a vendu 0.50$ l’hectare aux compagnies américaines et canadiennes désireuses d’exploiter nos sols. CINQUANTE CENNES! Une vraie blague! Comme le disait Jean-François Lisée ce soir, le gouvernement a perdu toute la légitimité de diriger ce dossier en se plantant comme ça en même de perdre la confiance de tous les citoyens. La ministre des ressources naturelles Nathalie Normandeau a demandé au BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement) d’effectuer une étude d’une durée estimée de deux ans à l’intérieur de 4 mois, pour faire rapidement passer la loi sur les hydrocarbures. Mauvaises décisions par dessus mauvaises décisions. En bout de ligne, le gouvernement, qui refuse catégoriquement la nationalisation du produit, estime à 230 millions les profits annuels issus de l’exploitation des gaz de schiste. C’est un montant non négligeable, mais on parle de profits de 50 milliards au total. Une goûte d’eau dans l’océan. Et qui va profiter des 49,77 milliards restants, selon vous? Les riches compagnies pétrolières! C’est insensé qu’on ne puisse pas toucher de meilleurs rendements!

Sans être aussi nocif que le pétrole ou les sables bitumineux, l’exploitation des gaz de schiste est nettement plus dangereuse pour l’environnement que le gaz naturel. C’est particulièrement vrai quand on regarde l’utilisation de l’eau dans le processus. Pour alimenter un puits, il faut utiliser 15 millions de litres d’eau, qui sont mélangés avec du sable et un composé de 80 produits chimiques (moins de 1% du mélange total), dont certains très toxiques. On injecte cette eau à forte pression pour fracasser le schiste et libérer le gaz.  On estime à 25% la quantité d’eau qui remonte à la surface, le reste demeure sous terre. On transporte l’eau remontée dans des camions-citernes jusqu’aux usines d’épuration d’eau, qui ne sont pas très à jour et qui ne sont pas équipées pour traiter les matières chimiques dissoutes dans l’eau. Il y a donc une grande quantité de cette eau qui est rejetée dans les cours d’eau sans traitement. De l’eau toxique dans nos rivières, de l’eau toxique sous terre. Dans certaines villes de la Pennsylvannie, là où l’exploitation des gaz roule depuis longtemps, la santé des citoyens a été mise en danger lorsque l’eau acheminée par l’aqueduc municipal était contaminée. En plus de ça, on abîme énormément les nappes phréatiques. Un carnage écologique!

Comme argument, les villes qui ont beaucoup de gaz de schiste dans leurs sols et le gouvernement du Québec affirment que cela pourrait créer beaucoup d’emplois au Québec, des emplois importants dans des villes souvent désertées par manque de boulot. Or, comme certains panélistes l’ont fait remarquer ce soir, qui, dans les travailleurs québécois, est formé pour faire ce type de travail? … Personne, exactement. Alors d’où viendra la main-d’oeuvre formée? Des États-Unis et de l’ouest canadien, les mêmes endroits d’où viennent les compagnies qui veulent exploiter nos sols.

Le gaz de schiste coûte cher à exploiter, mais moins que les éoliennes et les panneaux solaires. C’est l’option la plus abordable pour épauler l’hydro-électricité. On va lui accorder ce petit avantage. Or, on a de l’hydro-électricité en masse au Québec. Selon Carol Montreuil, 90% de l’électricité mondiale est produite à partir de charbon, ce qui est très répandu aux États-Unis (et très polluant). À la loterie de l’électricité, le Québec a gagné le gros lot avec son potentiel hydro-électrique. Il faut l’exploiter au maximum. Mais le gouvernement veut commencer l’exploitation des gaz de schiste dès 2014 avec une soixantaine de puits. Je ne comprends pas le sentiment d’urgence de la situation. Les gaz sont dans nos souterrains depuis 500 millions d’années, ils peuvent y rester un autre 7-10 ans encore, le temps qu’on développe les énergies propres davantage et qu’on laisse monter les enchères sur le produit. Lorsque les techniques d’exploitation deviendront plus sophistiquées, on pourrait alors commencer à extraire ce gaz du schiste et enrichir notre province.

Il y a des familles, hommes, femmes, enfants, qui résident à proximité de ces puits de gaz. Il faut penser à la sécurité de notre population avant de penser au fric, d’autant plus que notre part est minime dans l’équation. Et il faut écouter sa population avant d’agir. J’espère que le gouvernement du Québec fera marche arrière, le temps de donner au moins au BAPE le temps requis pour évaluer tous les éléments du dossier. Mais dans mon cas, l’opinion est déjà faite:

NON AUX GAZ DE SCHISTE!

L’avenir énergétique du Québec doit-il passer par le gaz de schiste?

C’est un peu la question que pose indirectement le titre d’une table ronde organisée par le magazine L’Actualité et la chaîne de télévision CPAC, qui aura lieu dans exactement deux semaines, le mercredi 15 septembre à 19h. La population est d’ailleurs invitée à assister au débat. Il faut s’y inscrire préalablement, chose que j’ai déjà faite, au site Internet suivant: https://www.inm.qc.ca/index.php?Itemid=513. Le titre exact de la soirée est: Avenir énergétique: peut-on vivre sans pétrole? Bien entendu, on parlera d’exploiter d’autres ressources, et le gaz de schiste est l’une d’entre elles. Des grosses pointures des domaines politiques et environnementaux seront présents pour faire part de leurs idées et opinions, comme Steven Guilbeault, Jean-François Lisée et André Caillé.

Le gaz de schiste est sur le point de causer une petite commotion au Québec. Devrait-on l’exploiter ou non? Il s’agit d’un sujet de plus en plus chaud et qui serait en front page des journaux si la commission Bastarache n’était pas commencée et s’il n’y avait pas 33 mineurs coincés dans une mine au Chili. Pour ceux qui ignorent totalement ce que le gaz de schiste mange en hiver, sachez qu’il s’agit d’un gaz naturel coincé dans de la roche, le schiste (photo), à travers des fissurations et très profondément sous terre. Comme pour les autres gaz naturels, il est formé par la dégradation du kérogène dans la roche, qui sert à la fois de source et de réservoir pour le gaz. Le kérogène est très présent dans le gaz de schiste, et par traitement thermique, on peut en extraire une huile qui a toutes les apparences et particularités du pétrole. Là où ça devient plus complexe, c’est que contrairement au gaz naturel conventionnel, la présence de ce gaz est concentré en petites quantités dispersées dans une grande quantité de schiste, et non pas en un seul grand “réservoir” compact d’une zone rocheuse. L’exploitation du gaz de schiste est donc beaucoup plus complexe que pour les autres formes de gaz naturels. Mais les technologies se sont développées, de sorte que le gaz est plus accessible qu’avant, et il s’adonne qu’il y a une bonne concentration de ce gaz dans trois régions du Québec, et c’est pour ça qu’il fait l’actualité. Ces régions sont Bécancour, St-Hyacinthe et St-Édouard-de-Lotbinière.

Et on s’enflamme maintenant sur ce que l’on doit faire avec cette possible mine d’or, selon certains, ou bombe atomique, pour les autres. Les environnementalistes manifestent pour qu’on le laisse sous terre parce qu’il est possiblement néfaste pour l’environnement, alors que d’autres, qui ont de grandes ambitions sur le potentiel économique du gaz de schiste, réclament qu’on l’exploite et le développe à des fins scientifiques et économiques. Actuellement, le BAPE (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement) enquête sur les réels dangers environnementaux que peuvent provoquer ce gaz. Des organismes environnementaux et des grosses têtes de l’industrie pétrolière et énergétique offrent leur collaboration afin de permettre au BAPE d’avoir une idée claire. De leur côté, les maires des trois villes concernées appuient le projet d’exploitation, d’abord parce qu’ils trouvent que c’est une belle avenue pour l’économie québécoise et aussi, parce que ça pourrait créer de l’emploi dans leurs municipalités et y emmener de nouveaux résidents.

Le problème avec ces audiences, c’est que le gaz de schiste n’a pas encore été réellement exploité ailleurs et qu’il est difficile d’en juger précisément les effets sur l’environnement. Mais selon ce que j’estime, c’est que si le produit s’apparente au pétrole, il risque d’être néfaste pour l’environnement, c’est évident. Je comprends que le pétrole est une ressource épuisable et qu’il faut trouver rapidement des solutions de rechange, mais ne devrait-on pas utiliser nos recherches et nos technologies pour développer des ressources énergétiques vertes et saines pour l’environnement? Cela fait des années qu’on en parle, il serait temps de s’y mettre pour de vrai. Alors, peut-on vivre sans pétrole? Le gaz de schiste pourrait faire du Québec une province riche et prospère, peut-être à l’image de l’Alberta. Mais à quel prix?

On en rediscutera dans deux semaines, après la table ronde sur le sujet. D’ici là, n’hésitez pas à formuler vos commentaires.