La commission Bastarache étudiant le processus de nomination des juges aura été une grosse blague jusqu’à la fin. Lire la suite
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Le cirque Bastarache
Impossible pour moi, qui rédige un blogue très collé sur l’actualité, d’ignorer la commission Bastarache qui a débuté ces derniers jours et ce, même si plusieurs autres blogueurs, journalistes, analystes et animateurs passent le sujet au peigne fin jour après jour. D’abord, je veux mettre par écrit ma pensée, et je veux aussi alimenter quelques discussions dans la section Commentaires ci-dessous.
On va mettre quelque chose au clair tout de suite: même si je ne suis pas un partisan de Jean Charest, il serait malhonnête de le condamner trop rapidement en se fiant uniquement sur la parole d’un homme, en l’occurence Marc Bellemare, même si celle-ci est faite sous serment. Le Premier ministre va démentir toutes ces informations en prêtant lui aussi serment. Quelqu’un ment à quelque part, aucun doute là-dessus. Ou encore, déforme la vérité pour l’adapter convenablement à la situation. J’ai toutefois tendance, à chaud, à croire Marc Bellemare, un homme qui a été à l’intérieur de la machine pour environ un an, et qui a rapidement quitté le bateau lorsque les choses ne lui plaisaient plus. Mais c’est un individu qui a aussi des choses à régler avec Jean Charest, celui-ci n’ayant pas respecté certains engagements avec l’ex-ministre Bellemare et n’ayant pas été tendre dans ses propos à son endroit. En d’autres termes, on dirait un réglement de comptes.
Il y a quand même, il faut l’avouer, quelque chose de tout croche avec ce gouvernement libéral. Le rôle de l’opposition à l’Assemblée nationale est de trouver des failles dans le gouvernement. Fouiller de la merde si on veut. Et le parti Québécois, avec ses 7 années consécutives dans l’opposition, commence à être un grand expert en la matière. C’est comme ça que la machine démocratique fonctionne. Le tout à commencé avec des découvertes étranges sur le domaine de la construction. Il y a de la corruption mur à mur dans ce domaine, mais le gouvernement Charest ne veut pas faire de commission d’enquête. Coûts trop élevés, selon eux. Trop de choses à cacher, selon plusieurs, dont moi. Mais lorsque l’intégrité du Premier ministre est en jeu, l’argent des contribuables devient plus “dépensable”: on lance alors la commission présidée par Michel Bastarache. Quand même étrange on en conviendra.
Il y a ensuite le dossier Tony Tomassi, le ministre issu de la communauté italienne un peu trop proche de personnes peu fréquentables et qui était un pion pour les riches compagnies italiennes. Tout le monde au parti Libéral, Jean Charest en tête, défendait ce ministre atroce, par des standing ovations en chambre après ses interventions, des appuis dans les médias, jusqu’à ce que la pression soit trop forte et que Tomassi perde les clés de sa limousine. Je me demande si tout ce beau monde, ces fiers et braves compagnons de Tomassi, regrettent l’appui aveugle qu’ils lui ont offert. Ils n’ont pas eu l’air très brillants dans ce dossier. Suit alors la démission d’un pilier du gouvernement, Jacques Dupuis, un ardent défenseur de TOUT ce que le parti Libéral propose ou appuie, qui quitte l’édifice au moment où la terre commence à trembler. Une décision qui pourrait s’avérer très sage si jamais tout bascule. Et finalement, un remaniement ministériel, qui a été discuté sur 6P2ST, qui envoie la ministre de la Justice du moment, Kathleen Weil, à un ministère mineur et obscur, juste avant le début de la commission Bastarache. Un geste pour la cacher peut-être?
Marc Bellemare a des choses à perdre dans cette histoire, même si en bout de ligne, rien ne vas prouver s’il ment ou non et aucun jugement en ce sens ne sera prononcé clairement: ça restera du néant. Sa crédibilité, son nom et sa carrière sont quand même en jeu. À première vue, on pourrait se dire qu’avec autant de risques, il ne dirait pas n’importe quoi, non? Tout ce qu’il a dit et qu’il continuera à dire demain, ce sont des informations très importantes et très graves. Si Jean Charest n’arrive pas à prouver que Bellemare ment, il devra probablement démissionner. Je crois que dans tous les cas, les électeurs seront les meilleurs juges de Charest et qu’il commence, selon moi, à avoir fait son temps, autant en tant que chef du gouvernement que chef de son parti. Sept ans sans grands avancements pour le Québec, on voit bien que n’est pas René Lévesque qui veut!
L’autre question à se poser, ce sont les motivations de Marc Bellemare. Pourquoi avoir attendu sept ans pour faire ces révélations? Et pourquoi avoir accepté ces supposés ordres du Premier ministre alors qu’il avait prêté serment de tenir son rôle de ministre de la Justice de façon intègre? Il se fait questionner minutieusement par les procureurs du gouvernement du Québec et par les avocats du parti Libéral. on repose les mêmes questions en changeant les termes ou en utilisant ceux de Bellemare, un terrain miné qui va forcément entraîner plusieurs contradictions. Bref, on va tenter de “casser” le témoin clé de toute la commission.
En bout de ligne, les millions investis pourraient servir à une superbe cause: faire du ménage dans notre système et assainir plusieurs processus gouvernementaux. Je crois qu’on en est rendu là. Le milieu de la politique est tout croche et l’argent domine tout. Il ne faut pas se leurrer: n’importe quel parti au pouvoir favoriserait leurs militants pour l’obtention d’emplois importants. Ça toujours été ainsi, et ça ne risque pas de changer. Mais il y a quand même un sens de la justice qu’on semble avoir perdu dans notre système et que la commission Bastarache, tout comme une éventuelle commission d’enquête sur la construction, pourrait rétablir.
C’est à souhaiter car il n’y a rien d’emballant à vivre dans un système qui a des odeurs malsaines. La suite dans les prochains jours!
Quand la route 132 décide de se refaire une beauté
JOUR 5: GASPÉ – HAUTE-GASPÉSIE ET CÔTE GASPÉSIENNE (GRANDE VALLÉE, STE-ANNE-DES-MONTS, CAP CHAT, MATANE) – RIMOUSKI (445,2 KM - 1641,7 KM au total)
Je me suis couché tard hier soir, et je n’ai pas pu écrire le résumé quotidien, comme je l’ai mentionné dans un petit mémo mis en ligne hier sur le blogue. Je suis allé prendre une bière avec les autres occupants du dortoir de ma chambre à l’auberge de jeunesse de Rimouski. Une personne du groupe était déjà venue à Rimouski, alors on l’a suivie au bar le Saint-Barnabé (nommé ainsi par rapport à l’île voisine de Rimouski, sur le fleuve St-Laurent). La place était bien. C’était mardi soir et il y en avait plusieurs sur le party. Faut bien se divertir à Rimouski! Bref, vous aurez compris que je parle ici de la journée de mardi.
D’ailleurs, me rendre à Rimouski a été une longue épreuve de patience sur la route 132. Je suis parti de Gaspé (arrondissement “glamour” de Douglastown) assez tôt, dans le but de faire quelques arrêts en cours de route et pour profiter des jolis paysages que Dame Nature nous offre. Le premier a été, comme prévu, au parc national du Canada de Forillon, qui occupe toute la péninsule de la ville de Gaspé. À mon auberge en forme de château, à Pointe-à-la-Garde, une des occupantes nous avait raconté sa rencontre avec un ours noir dans ce même parc. Comme je marchais seul, j’étais assez effrayé d’avoir moi aussi à vivre une telle expérience. Ils conseillent de faire du bruit en marchant, question que l’ours, si on le croise, ne se sente pas surpris. Alors j’ai siflé, donner des coups de pied à tous les cailloux qui croisaient mes souliers afin d’appliquer ces conseils à la lettre. Ils ont beau dire que les ours ne sont pas nécessairement dangeureux, moi je ne prends pas de chances, je suis le genre de proie qui remplit l’assiette pour plusieurs jours! Et en plus, je sais que mon premier réflexe serait de partir en courant, chose qu’il ne faut pas faire mais à laquelle tu ne penses pas quand tu paniques. Le problème, c’est qu’un ours noir courre plus vite que n’importe quel humain, déjà que moi-même en partant je ne serai jamais confondu avec Usain Bolt. On s’entend qu’il a la peau tellement plus foncée que la mienne! Je n’ai finalement pas croisé d’ours. Même pas un petit suisse. Un gros rien. On nous parle d’une quantité d’animaux impressionnante dans les brochures, mais je n’ai rien vu. Mais ce n’est pas grave. Un jour, j’y retournerai, car en 2h30 de marche, je n’ai même pas vu 25% du parc entier. Forillon n’est pas le genre d’endroit que l’on peut visiter à sa juste valeur en quelques heures seulement. Mais je tenais à y aller, d’autant plus que les paysages naturels sont tous dignes des plus belles cartes postales. J’ai pu en profiter pour prendre quelques photos.
J’ai repris la route 132, donc, toujours avec comme idée d’arriver à Rimouski vers 17h. Je voulais faire une activité à Ste-Anne-des-Monts, qui nous familiarise avec la mer et les animaux aquatiques. Malheureusement, il y a un détail qui m’a empêché de m’y rendre : l’état de la route 132. Ce qui arrive, c’est que le gouvernement a décidé de faire un investissement massif pour la réfection de la route tout le long de la Haute-Gaspésie et la côte gaspésienne. Entre Forillon et Matane, j’ai dû croiser une bonne vingtaine de zones de travaux routiers, dont plusieurs avec des feux de circulation temporaires qui durent 200 secondes chacun. Impossible alors pour les automobilistes de prendre leur rythme de croisière afin de parcourir un nombre intéressant de kilomètres en une heure. Disons, par exemple, 90, comme l’indique la limite de vitesse. On voit bien que la région de la Gaspésie est sous la responsabilité de la vice-première-ministre Nathalie Normandeau! (En passant, je manque des sujets très intéressants pour des entrées de blogue, comme le témoignage d’hier de Marc Bellemare à la commission Bastarache. J’aurai l’occasion d’y revenir lorsqu’on aura tous les éléments d’information entre les mains).
Donc, je suis finalement arrivé à Rimouski à 18h45, 1h45 en retard sur l’horaire. Il faut dire que je suis aussi arrêté à Cap-Chat pour visiter le parc des éoliennes de la ville, le plus gros au Canada. J’ai dû me contenter d’une visite lointaine et sans informations, car les visites guidées se concluaient à 17h et que je n’avais pas le temps d’y aller pour la peine.
En somme, ça n’a pas été ma plus belle journée de vacances. C’était d’ailleurs prévu depuis le début : le jour 5 en était un de voyagement pour me permettre de revenir dans le Bas-Saint-Laurent, en prévision de ma traversée au Saguenay aujourd’hui. J’ai pu visiter un peu Rimouski hier soir, et j’ai assisté au coucher du soleil sur l’horizon du fleuve, derrière l’Île de Saint-Barnabé. Un panorama populaire d’ailleurs, puisque plusieurs touristes et rimouskois m’y accompagnaient. J’ai beaucoup aimé sillonner les rues de Rimouski : la ville est belle, elle a les particularités d’une grande ville, mais dans un cachet adorable de petite ville régionale. Et la présence de l’UQAR donne une facette de “ville campus” qui la rajeunit. J’aurais aimé pouvoir la visiter davantage, mais la route 132 pleine de fissures devait être réparée en plein la semaine que je roule dessus. On appelle ça manquer de veine! (ATTENTION: cliché à l’horizon). Comme on dit toujours, on se reprendra!
La tragédie pakistanaise
Avant de parler de la catastrophe naturelle qui touche le Pakistan, je dois absolument parler du procès d’Omar Khadr, qui s’est amorcé cette semaine. En premier lieu, le juge a annoncé que le témoignage qu’a fait Khadr à son arrivée à Guantanamo, à l’âge de 15 ans et sous les menaces de viol, de torture et autres sévices, serait retenu comme preuve. Dans le fond, il est valide, malgré l’invalidité du déroulement de l’interrogatoire. Ensuite, les 7 jurés ont été présentés: tous des soldats américains, 4 hommes et 3 femmes. Le juge est aussi un soldat américain. Ai-je besoin de vous rappeler que Khadr est accusé du meurtre d’un soldat américain? Beau système d’impartialité ça! Finalement, le projet a été reporté de 30 jours, puisque l’avocat de Khadr s’est évanoui en pleine séance hier. La suite des choses dans un mois donc.
Bref, revenons au sujet du jour, le Pakistan. Il n’est pas le premier pays à être touché par une catastrophe naturelle. On a encore tout frais à la mémoire le séisme en Haïti, l’ouragan Katrina aux États-Unis et le tsunami en Asie, qui avait d’ailleurs dévasté une partie du Pakistan. Règle générale, l’aide internationale est arrivée assez vite dans ces 3 cas, notamment celle des occidentaux nord-américains. Les européens ont été moins impliqués pour la Louisiane, mais très généreux pour les deux autres événements.
Depuis quelques jours, une quantité importante de Pakistanais ont tout perdu. Les médias font grand état que seuls 1500 d’entre-eux ont perdu la vie, comparé à 250 000 haitiens pour le tremblement de terre. Toutefois, il y a plus de 7 millions de sinistrés, l’équivalent de la population au Québec, alors qu’il y en avait 2 millions en Haïti. Si Haïti est, sans l’ombre d’un doute, un pays plus pauvre que le Pakistan, il est quand même anormal de penser que le Pakistan a tous les éléments pour régler ses problèmes à l’interne. Or, l’aide internationale est presque invisible actuellement. Outre le fait que la plupart des occidentaux ont peut-être perdu l’envie de donner généreusement, vu la grande quantité de catastrophes qui surviennent ces derniers mois et ces dernières années, je crois que le statut du Pakistan, et la situation religieuse du pays, a un grand rôle à jouer dans l’ignorance dont ils sont victimes pendant ces durs moments.
Le Pakistan a été associé, de près ou de loin, à Al-Qaida et au terrorisme au cours de la dernière décennie. Le pays est presque ouvertement anti-américain et leur système religieux controversé et leur système de valeurs archaïque dans lequel la femme est peu considérée ne contribue sûrement pas à attirer la sympathie des possibles donateurs. Ce qui en résulte à une agonie dérangeante à laquelle assistent, impuissants, plusieurs médias du monde entier qui rapportent des images aussi pires que celles des autres tragédies de l’histoire récente. Selon les estimations, environ le quart de la population a été touché par les inondations. Le gouvernement, avec son président Asif Ali Zardari en tête, réagit avec une lenteur déconcertante. L’ONU prête évidemment main forte aux sinistrés, mais ça va prendre beaucoup plus que ça pour sortir le Pakistan du pétrin. À travers les eaux de ces inondations coulent des virus et bactéries qui peuvent être très dangereuses pour les sinistrés. Heureusement, le niveau d’eau commence graduellement à baisser, ce qui est encourageant. Mais la reconstruction s’avère pénible.
Les médias au Québec en parlent, mais jamais avec la même importance qu’ils ont couvert Haïti, l’ouragan Katrina et le tsunami asiatique. Pourtant, il s’agit d’une situation tout aussi grave. Dans la une de La Presse ce matin, on parle de Paul McCartney, de tennis, de Marc Bellemare et du bateau sri-lankais qui approche de la Colombie-Britannique, mais aucunement du Pakistan. Je n’irais pas jusqu’ à dire qu’il s’agit ici d’une forme de “boycott” à l’endroit d’un pays que l’on peut difficilement prendre en pitié, cela serait très exagéré de ma part, mais il est quand même louche, et décevant surtout, d’entendre parler de la situation grave du Pakistan après 20 minutes de nouvelles, après la météo et avant les sports, dans le bloc de 60 secondes consacré aux nouvelles internationales…

